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Léon Gard a 45 ans. Par rapport aux pontifes de
l'art non-figuratif, il est plus jeune d'une génération. Il ne se réclame
d'aucun mouvement. Tous les "ismes" modernes l'agacent et comme leur joug est
par trop pesant, il s'insurge: au diable les "ismes"! Il n'y a que la bonne et
la mauvaise peinture et le seul étalon en la matière, celui de toujours et à
jamais, c'est l'imitation de la nature, tout le reste n'est que littérature
déplacée. Trois ans auparavant, il écrivait à son ami Louis Metman
:
Il n'est pas dans les habitudes de l'époque de
poser sérieusement la question de la justice en matière d'appréciation
artistique: il y a longtemps que le plan sur lequel se doit placer l'art a cessé
d'être défini; aujourd'hui, on est un grand talent, ou l'on n'est rien, selon la
bonne ou la mauvaise volonté de chacun; en la matière chacun fait la loi à sa
convenance: dans ces conditions, je ne vois pas de législation possible à
l'usage de l'ensemble. Cette façon de voir est érronée, car il y a bien une
preuve en art: la justesse d'une forme, d'un ton, sont des signes infaillibles
de maîtrise, et il n'y en a guère d'autres. Certes, on pardonne des erreurs, des
faiblesses dans une oeuvre où la vérité éclate par endroits; bien plus, on sent
de la tendresse pour ces erreurs, ces faiblesses qui sont le signe très sensible
d'un débat pathétique entre l'homme et Dieu. Mais si aucune vérité ne vient
luire, il ne reste plus qu'erreur et faiblesse, et je ne vois pas qu'avec cela
seulement on puisse faire une oeuvre d'art. Ainsi, le problème me paraît à moi
posé fort clairement: ce qui ne veut pas dire que je vais en convaincre tout le
monde; mes raisons n'en prévaudront pas moins un jour; elles sembleront alors
toutes simples et toutes évidentes, mais elles viendront un peu tard, sans
doute, pour que je puisse en jouir.
Il dit encore : L'erreur de la peinture depuis
plus d'un siècle est d'être cérébrale au lieu d'être picturale.
Voilà son crédo, et c'est autour de celui-ci que va s'articuler sa
campagne.