Léon Gard rappelle que de tout temps l'art
consista à imiter la nature, que l'admiration que l'on voue aux belles oeuvres
d'art va, d'une part, à leur beauté intrinsèque qui réjouit la vue selon les
lois immuables de l'harmonie qui règlent de la même façon l'Art et la Nature;
d'autre part, au génie de l'artiste chez lequel on reconnaît une vision
extraordinaire du monde sensible jointe à une habileté non moins prodigieuse à
traduire cette vision. Ce deuxième point est la part spécifiquement humaine dans
l'art, et ce qui rend l'admiration qu'on accorde à celui-ci différente de celle
que nous inspire la seule nature; il justifie du même coup suffisamment
l'imitation de cette dernière en art pour qu'il ne soit pas utile d'aller
chercher une nouvelle formule en dehors de celle-ci, comme le voudraient les
peintres non-figuratifs ou déformants, lesquels s'appuient sur trois arguments
généraux : vanité de l'imitation pure en art puisque la nature reste supérieure
à la copie qu'on en fait, caducité de l'imitation puisque l'invention de la
photographie permet de faire aussi bien et même mieux dans ce domaine, nécessité
en conséquence de trouver une formule d'art où l'artiste ne soit pas un "vil
copiste" mais un véritable créateur.
Arguments que réfute Léon Gard.
Certes, admet-il, les ouvrages de la nature, dans
l'absolu, sont supérieurs à ceux de l'art. Mais poser ainsi le problème pour en
déduire que l'art doit s'affranchir de l'imitation de la nature est un sophisme,
car la peinture et la sculpture ne se proposent pas de remplacer la
nature.