On doit faire de l'art
exactement comme on cherche à s'améliorer, c'est-à-dire à comprendre les grandes
choses et non pour entrer en compétition avec la nature, avec Dieu.
L'intérêt qu'offre, pour
l'humanité, l'homme qui se rapproche par quelque côté des grandes leçons de la
nature, en l'occurence l'artiste, n'est rien d'autre que l'intérêt qu'offre un
pasteur dans son domaine. L' artiste n'est que le pasteur des arts. La joie
qu'apporte son oeuvre est celle que donne la confiance dans les connaissances
d'un homme.
Deux choses rendent
l'objet d'art inhabituel, singulier, passionnant: il est statique, d'une part,
et il est composé d'autre part, de matières autres que celles des objets
naturels. Alors que les objets naturels remuent ou changent d'aspect, l'objet
d'art, immobile et toujours semblable à lui-même, est spécialement conçu pour
s'offrir à notre besoin contemplatif. De plus, fabriqué dans une matière
différente de l'objet imité, il pose le problème de la matière maîtrisée,
modelée par l'homme, problème où s'évalue exactement l'effort extraordinaire
d'une main exceptionnellement habile conduite par un oeil et un esprit
pénétrants.
Ces deux conditions qui
suffisent à rendre l'objet d'art unique n'impliquent donc nullement la
déformation de l'objet réel, au contraire, c'est le respect à cet objet qui
donne à l'oeuvre d'art sa signification, son importance et qui en fait un
admirable instrument à mesurer la valeur de l'observation humaine.
Pouvoir offrir aux hommes
le livre de la nature pour leur joie et la culture de leur esprit, tel est le
privilège de l'artiste, à condition que son livre ne soit pas mensonger.