L.G. face à l'art non-figuratif, page 5  
 
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Ces "Maîtres" ne savent ni peindre ni dessiner

   Pour la photographie, Léon Gard nie avec verve qu'elle reproduise fidèlement la nature.

   L'inexactitude de la meilleure des photographies a même quelque chose de tellement flagrant pour le véritable observateur, que l'on ne peut que constater la facilité particulière avec laquelle on croit plutôt les choses fausses que les choses vraies pour peu que les fausses aient une apparence grossière de vérité: faut-il répéter que les différents plans, dans une photographie, sont tous faux, relativement à la vision humaine, trop flous ou trop durs, les uns par rapport aux autres et qu'il est impossible de les régler. Si par malheur on place une main en avant, elle est d'une grosseur monstrueuse, ce qui n'est pas dans la nature ni dans notre oeil. De plus, la photo est impuissante à exprimer les différentes matières. Photographiez une fleur, une orange, une grappe de raisin, un épiderme fin et transparent: la fleur est en celluloïd, l'orange est noire, la grappe de raisin ressemble à celle que nos grands-mères mettaient sur leur chapeau, et la peau la plus diaphane deviendra un parchemin sans aucune sensibilité ni luminosité. Et si vous dites après cela que la photo est fidèle, c'est que vous n'êtes pas exigeant. Enfin, la traduction des couleurs en valeurs est toujours inexacte en photographie: selon les systèmes, les couleurs blanchissent ou noircissent et créent un déséquilibre total. Quant à la photo en couleur et la photo en relief, considérées comme un admirable progrès, elles montrent les mêmes faussetés que la photo plane et monochrome, avec cette différence que dans un cas ces faussetés sont mises en relief, et dans l'autre sont mises en couleur.

   [...] Reprocher à une peinture d'être d'une exactitude photographique est une pcritique absurde et ambiguë, car en réalité c'est comme si l'on disait que cette peinture est d'une fidélité superficielle et toute relative, ou encore qu'elle est nette et précise sans être très exacte, alors qu'on prétend dire au contraire qu'elle est trop exacte, ce qui est dénué de sens parce que le fait d'être exact, dans aucun cas ne saurait être assimilable à une faute ou à une erreur.

   Pour tout dire, il faut bien en venir à reconnaître que c'est l'oeil humain qui our nous est l'absolu, puisque c'est lui l'arbitre en matière de vision quelle qu'elle soit.

   Or, si l'oeil humain est considéré comme le plus juste, et il n'y a pas moyen d'y contredire à moins de donner sa démission d'homme, il s'ensuit que c'est le meilleur oeil entre les yeux humains qui reste l'arbitre suprême en matière de justesse visuelle sur la terre, et ce ne peut donc être l'appareil photographique.

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© 2005

Cinquante ans de combat contre l'art non-figuratif

A la découverte du peintre Léon Gard (1901-1979) et de ses écrits, où il défend sa conception de l'art inséparable de l'imitation de la nature.