L.G. face à l'art non-figuratif, page 14  
 
Accueil
 
Contact
 
Biographie de Léon Gard
 
Galerie 1 (reproductions en couleur)
 
Galerie 2 (repros en noir et blanc)
 
L.G. face à la peinture non-figurative
 
Réfutation du Cubisme
 
Des Règles de l'harmonie des couleurs et des volum
 
Trois Critères de dessin
 
Cézanne et les Cubistes
 
Que vaut la peinture de Picasso
 
Leon Gard et les critiques d'art
 
Art,spéculation et publicité
 
Leon Gard et Sacha Guitry
 
Ces "Maîtres" ne savent ni peindre ni dessiner

   Enfin, Léon Gard passe en revue l'héritage de gaugin.

   Le groupe dit de Pont-Aven est sorti tout entier de cette recette de Gauguin: Comment voyez-vous cet arbre? Vert? Mettez donc le plus beau vert de votre palette; et cette ombre? plutôt bleue? Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible. Divers mouvements qui ont succédé eurent encore pour point de départ des paroles de Gauguin: Ne copiez pas trop d'après nature. L'art est une abstraction. Et encore: Vous connaissez depuis longtemps ce que j'ai voulu établir: le droit de tout oser. On est confondu de voir que des mouvements picturaux célèbres aient été suscités par des propos aussi sommaires. Mais à la reflexion, on s'étonne moins; les formules de Gauguin offrent le genre de séduction qui agit le plus sur les gens: faciles, grandiloquentes, puérilement révolutionnaires, elles flattent ce penchant des hommes pour les recettes mirifiques, en même temps que leurs instincts de garnements déchaînés qui se saoulent d'indiscipline.

   Je ne prétends point que Gauguin n'était pas un grand artiste, ni que ses idées étaient absurdes et charlatanesques. Il était magnifiquement doué, et la plupart de ses oeuvres sont belles. Quant à ses idées, je les crois remarquables et contenant toujours une part de précieuse vérité. Malheureusement, elles étaient si médiocrement exprimées qu'elles créent facilement l'équivoque. Elles furent surtout maladroitement interprétées par des suiveurs qui en firent des axiomes à la fois pédants et bornés et dont on sait très bien qu'au fond du coeur il se moquait. Non, je ne fais pas le procès de Gauguin, et surtout celui de ses chefs-d'oeuvre. Mais je veux souligner que de l'immense tourbillon des manifestations picturales tapageuses de ces quarante dernières années, il ne reste de valable qu'un petit nombre d'oeuvres individuelles, c'est-à-dire qui sont le fait, non pas des idées, mais des dons: car ce ne sont pas les idées sur la peinture qui font de bons tableaux, mais le don qu'on a reçu de savoir peindre.

   Qu'on n'abuse pas de cette profession de foi pour me faire dire que je nie l'enseignement: je le respecte au contraire infiniment. Rien n'est plus souhaitable qu'un enseignement sain.

   Certes, encore une fois, la première condition est d'être doué, car à quoi bon cultiver un terrain stérile? Néanmoins, aussi doué qu'on soit, une indication judicieuse peut éviter ou faire vaincre une difficulté, ou raccourcir la route. Par contre, je suis épouvanté à l'idée des ravages que provoque un enseignement à la fois confus et subversif. Prêtant à l'équivoque, il ne transmet pas aux véritables intéressés ce qu'il peut contenir d'utile, tandis qu'il devient fallacieux pour les autres et fait naître des ambitions présomptueuses et folles dans les esprits les moins organisés, parfois, pour la production d'une oeuvre d'art, en leur faisant croire à une formule-clé qui ouvre tout. C'est ainsi que pour un seul homme de talent, on voit proliférer à côté des écoles, des groupes, des tendances qui n'offrent qu'un vain et désolant tumulte.

   Peut-être ne faut-il pas s'attrister outre mesure sur les erreurs et les désordres acquis: ils portent leurs enseignements, ils nous montrent ce qu'il faut éviter.

precedente                                                                                      suivante

 

 

 
© 2005

Cinquante ans de combat contre l'art non-figuratif

A la découverte du peintre Léon Gard (1901-1979) et de ses écrits, où il défend sa conception de l'art inséparable de l'imitation de la nature.