cette espèce de nihilisme des arts plastiques propice à
l'éclosion et à l'essor de toutes les médiocrités envieuses et présomptueuses,
de tous les arrivismes sans vergogne, Léon Gard met en cause la responsabilité
de certains littérateurs: comme le poète Apollinaire qui, s'il ne fut pas le
créateur du cubisme, en fut au moins le principal inspirateur, prétendant, grâce
à son prestige littéraire, régenter un domaine qui n'est pas le sien en y
introduisant des considérations philosophiques en totale contradiction avec les
principes mêmes de l'art pictural.
Léon Gard démontre que l'idée essentielle du Cubisme est
une révolution réligieuse ayant pour but de faire de l'homme une divinité dans
la mesure où il consent à en prendre conscience, où il ose rompre avec la
nature, dont le culte doit être considéré selon Apollinaire, comme le plus grand
obstacle à l'accomplissement de cette révolution.
Après avoir dénoncé l'orgueil délirant d'un tel
postulat, où, comme il le rappelle, "qui veut faire l'ange fait la bête", Léon
Gard souligne l'incohérence qu'il y a pour l'homme à renier la nature par les
moyens mêmes que la nature lui a fournis et pour les Cubistes à renier
l'instinct visuels par des travaux où l'oeil est le principal artisan et le
premier juge.
Lorsqu'André Malraux écrit, dans "Psychologie de l'art", que
les décorateurs romans "se refusent à l'imitation", Léon Gard proteste que
c'est là une affirmation toute gratuite, car rien ne prouve, ni même rien
n'indique, qu'ils s'y refusaient, puisqu'il n'existe pas - du moins que je sache
- un écrit quelconque témoignant de leur préméditation de ne pas imiter. Par
contre, si l'on s'en fie aux simples apparences, sans aller chercher midi à
quatorze heures et sans faire de littérature, leurs gaucheries, leur raideur,
leurs disproportions, semblent provenir davantage de leur incapacité à imiter
parfaitement que de leur volonté délibérée de ne pas
imiter.