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La loi de la peinture étant la lumière, il y a deux sortes de
défauts opposés rédhibitoires qu'un tableau ne doit pas avoir : s'il est peint
d'une couleur triste et opaque, il n'est jamais beau, quels que soient, par
ailleurs, ses mérites. Il ne peut pas non plus être beau s'il contient des
couleurs criardes, c'est-à-dire qui, au lieu de s'amalgamer les unes aux autres,
tendent à se séparer du tout, et à "venir en avant". Mais en dehors d'une
appréciation instinctive qui,selon la qualité du juge, peut être la vérité ou
l'arbitraire, et au nom de laquelle tout assemblage de couleurs peut se déclarer
bon ou mauvais, est-il possible d'appuyer une critique par une règle valable et
vérifiable? En un mot, y a-t-il une règle définissable de l'harmonie des
couleurs?
Oui, cette règle existe.
L'origine et la fin de la couleur étant la lumière, aucune
couleur ne peut trouver sa fin en elle-même, et n'existe que par rapport à
toutes les autres. Il s'ensuit qu'une couleur, étant destinée à prendre sa place
dans le concert des couleurs où elle agit solidairement des autres pour produire
la lumière, ne doit jamais dominer.
Pour qu'aucune couleur ne domine, on conçoit aisément qu'il
faut que chacune ait le même pouvoir colorant. Or, si l'harmonie des couleurs
procède du même phénomène que la production de la lumière par le groupement des
couleurs, nous avons trouvé la formule de l'harmonie des couleurs.
Mais quand nous disons "les couleurs", que désignons-nous au
juste? Rigoureusement parlant il n'existe que trois couleurs : le bleu, le jaune
et le rouge, les autres couleurs ( violet, vert, orangé ) n'étant que des
couleurs composées de deux des trois précédentes. Ce qui revient à dire
qu'aucune des trois couleurs de base : bleu, jaune, rouge, ne doit dominer l'une
sur l'autre, sous peine de détruire l'harmonie.
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