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- II -
Le manque d'arguments solides
des cubistes et de leurs amis étant un fait remarquable, on est forcé de
supposer qu'il leur a fallu des motifs suffisamment forts pour arriver à
croire.
Quand nous disons, en effet,
qu'ils manquent d'arguments solides, nous entendons qu'ils ne fournissent pas du
Cubisme l'explication rationnelle susceptible de convaincre tout esprit
intelligent et impartial, mais non pas qu'ils manquent de motifs pour s'y être
engagés.
On observe que les apologistes
du Cubisme comptent des esprits très brillants, très talentueux dont le prestige
d'intelligence a pesé fortement dans la balance des convictions, et que beaucoup
de gens leur ont fait confiance jusques et y compris sur les points qui leur
paraissaient obscurs.
Ainsi, tel qui montrait des
qualités de poète s'est vu, en plus de ses qualités évidentes, accorder des
qualités qui ne l'étaient pas, à savoir des qualités de guide artistique et de
prophète de l'art.
Il n'est pas douteux, par
exemple, qu'un Guillaume Apollinaire, poète de grand talent, ne soit le
principal inspirateur du Cubisme (1), sans pour cela que les gens entraînés dans
son sillage aient compris ses préceptes, lesquels sont peu clairs et surtout
affirmatifs.
On a donc applaudi au Cubisme
par l'admiration éprouvée pour un poète aux idées duquel on faisait confiance
au-delà de ce qu'on y comprenait. De plus, il n'est pas exclu que
l'incompréhension même n'ait êté pour beaucoup un facteur de respect, par
l'effet de ce phénomène psychologique qui veut qu'on s'incline devant ce qu'on
ne comprend pas.
Il y a, enfin, un facteur ni
philosophique ni métaphysique ni plastique qui a, pourtant, beaucoup aidé à la
réussite pratique du Cubisme : c'est un facteur d'ordre psychologique en ce que
le Cubisme est une position révolutionnaire. La contradiction en art étant
permise, le Cubisme fut un drapeau adopté souvent par des personnes craignant de
se rebeller ouvertement contre un individu, un milieu social ou familial et
désireuses néammoins de donner un signe d'indépendance, d'originalité ou de
mauvaise humeur. Il fut adopté aussi par des personnes extrêmement conformistes
ressentant un besoin de secouer les disciplines habituelles, un peu comme les
sociétés les mieux ordonnées ressentent le nécessité périodique de la détente
anarchique du carnaval.
(1) Guillaume Apollinaire : "Les peintres cubistes"
(Méditations
esthétiques)
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