Réfutation du Cubisme III, IV  
 
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                                                        - III -

   Il y a loin de ceux qui ont applaudit au Cubisme, comme on applaudit un spectacle nouveau, à ceux qui en on fait. Il a fallu aux principaux d'entre eux, c'est-à-dire à ceux qui ont proprement créé l'école de peinture cubiste, assimiler les préceptes suggérés par Apollinaire, en saisir tout au moins l'essentiel, sans quoi ils n'auraient pas pu se donner à eux-mêmes la certitude qu'ils faisaient une oeuvre.

   Bien qu'Apollinaire ait été l'animateur du Cubisme, il n'en est pas l'inventeur, en ce sens que les idées qu'il a mises en préceptes étaient dans l'air et constituaient un courant important : l'italien Marinetti, vers 1910, lance en Italie le Futurisme qui s'apparente au Cubisme par le fond des idées.

   Quelles sont ces idées ?

                                                         - IV -

   Tant que l'on considérera l'art comme une forme de culte à la nature, il est évident qu'on ne comprendra rien aux oeuvres cubistes.

   Il faut bien voir en face que la révolution cubiste, avant d'être une révolution esthétique, est une révolution religieuse.

   L'idée essentielle d' Apollinaire, exprimée dans son petit livre "Les peintres cubistes", est la nécessité de la destruction de la notion d'un Dieu créateur remplacée par la notion que chaque homme est Dieu lui-même, dans la mesure où il prend conscience de sa divinité, et qu'en conséquence, les hommes n'ont aucune raison pour vouer un culte à la nature, qui n'est alors qu'un aspect minuscule, passager et périssable de l'Univers.

   Nous ne pouvons ignorer qu'Apollinaire a laissé une réputation de Mystificateur à laquelle lui-même a volontairement contribué puisqu'il s'intitulait volontier "professionnel de la mystification". Il ne s'ensuit pas qu'il n'y ait eu place dans son esprit que pour la mystification ; les conceptions qu'il exprime dans "Les peintres cubistes" sont certainement sérieuses, et c'est comme telles que nous les examinerons dans le but de nous assurer non pas de leur sincérité, dont nous ne doutons pas, mais de leur validité, et pour tout dire, enfin, de nous assurer si elles sont des idées sincères et fausses brillamment exprimées ou des idées justes insuffisamment démontrées.

   L'éventualité d'une révolution qui effraie les sens à cause des bouleversements violents qu'elle entraîne ne choque pourtant pas l'esprit, comme le ferait, par exemple, un appel à la révolution lorsque la nécessité de la révolution n'est pas en même temps mise en évidence. C'est pourquoi les conceptions de Guillaume Apollinaire ne doivent pas être examinées relativement à leur caractère révolutionnaire mais relativement à ce qu'elles offrent de valable à l'esprit.

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© 2005

Cinquante ans de combat contre l'art non-figuratif

A la découverte du peintre Léon Gard (1901-1979) et de ses écrits, où il défend sa conception de l'art inséparable de l'imitation de la nature.