reconnaître nos limites et
le mystère des choses. Apollinaire dit, comme si le mystère était notre
invention, qu' "on s'accoutume vite à l'esclavage du mystère". Notre esclavage
du mystère n'est qu'une résignation raisonnable devant ce qui nous dépasse. Le
mystère n'est pas, comme beaucoup le croient naïvement, inventé par les prêtres
pour maintenir notre esprit dans une ignorance propice à son assujetissement par
l'église, mais il existe spontanément. Si l'on perçait certaines énigmes,
certaines fables, appelées mystères pour les besoins de la cause, il resterait
encore le vrai mystère, maître de notre destin et de tout ici-bas.
Ce mystère veut que ce qu'on appelle erreur soit un phénomène
proprement humain, l'erreur étant définie comme une action ayant des
conséquences contraires, en fin de compte, au bonheur humain.
Pour notre malheur, le propre des erreurs est des vivre, de
marcher, de construire, de séduire, de ressembler à la vérité pendant longtemps
avant qu'on s'aperçoive que ce sont des erreurs, et d'engendrer ainsi des
illusions tenaces, des réseaux, des enchaînements d'erreurs vivaces, puissantes
et organisées dont les issues sont fatales, violentes et catastrophiques.
Certaines adorations de la nature d'ordre scientifique, par
exemple, ne sont évidemment qu'une forme de l'adoration de soi-même et du désir
d'asservissement du monde à soi-même. La nature, en paraissant livrer ses
secrets tend souvent des pièges effroyables, et il n'y a de différence que dans
les mots entre le prétendu amour pour la nature -amour qui dévaste, saccage - de
certains, et la frénésie des autres à la "térrasser".
Manifestement, la nature se venge aussi cruellement de ceux qui
l'aiment d'une curiosité cupide et insatiable que de ceux qui la méprisent. Si
l'on pense, avec quelque apparence de raison, que la nature, aussi grande
qu'elle soit, n'est pas l'absolu, il faut aussi penser que nous, créatures de la
nature, ne pouvons considérer l'absolu qu'à travers la nature en remontant à son
créateur.
On doit en conclure que, non
seulement l'admiration de la nature est article de foi, mais encore
qu'il n'y a pas d'autre chemin qui puisse mener vers l'absolu.