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L'idée maîtresse de Guillaume Apollinaire étant que
le culte de la nature est le seul obstacle qui s'oppose à la conquête de
l'absolu, il s'ensuit que s'il est évident que le véritable obstacle à la
conquête de l'absolu n'est pas le culte de la nature, sa théorie se trouve
infirmée. Ses anathèmes à la nature, pour éloquents qu'ils soient, ne nous
donnent le pouvoir ni de nous en passer, ni de ne pas en être. Il étale un
immense mépris pour les choses mortelles en ce qu'elles sont dérisoires devant
l'éternité : "en-deça de l'éternité", écrit-il, dansent les mortelles formes de
l'amour et le nom de nature résume leur maudite discipline". Son mépris, qui est
une surenchère des Pères de l'Eglise, va au-delà du vrai, car l'importance des
formes mortelles n'est contestable que dans la mesure où elle se veut la
première.
Mais il y a chez Apollinaire une tendance plus dangereuse que
l'idolâtrie : c'est la tendance à la divinisation spirituelle de l'homme,
tendance qui ne veut pas tenir compte de l'animalité de la créature humaine.
Notre Pascal, qui n'était pourtant pas un matérialiste, a dit : " qui veut faire
l'ange fait la bête", indiquant par là que l'homme se trompe grossièrement en
oubliant qu'il est un animal.
Il y a chez l'homme une tendance fatale maintes fois dénoncée
par les moralistes : c'est d'ignorer, d'excuser toujours ses propres défauts ou
d'en rejeter la responsabilité sur autrui. Il y a une autre tendance plus fatale
encore parce qu'active, et qui est pour ainsi dire l'élément positif de la
précédente. Cette tendance, encore plus que de surestimer son intelligence et
son pouvoir, est de ne pas admettre la possibilité d'une intelligence supérieure
à la sienne, et de tomber finalement dans la croyance à sa propre divinité,
croyance qui implique nécessairement le renversement de ce qui est : c'est là
une espèce de racisme illusoire.
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