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VII -
On ne peut nier qu'Apollinaire ne montre cette tendance : "Nous
avons des droits sur les paroles qui forment et défont l'univers", écrit-il en
parlant des poètes. De plus, il y incite ausi les artistes notamment dans la
phrase suivante : "le peintre doit avant tout se donner le spectacle de sa
propre divinité. Et dans cette autre :" chaque divinité crée à son image; ainsi
des peintres."
Apollinaire pense donc que non seulement l'orgueil poussé à
l'extrême n'est pas une faute, mais encore qu'il est indispensable à l'homme
pour se débarrasser des préjugés et parvenir à la plénitude de son génie. Comme
il a constaté le même penchant chez beaucoup d'êtres humains, il cherche à en
devenir l'accoucheur en le traduisant en principes énoncés, et à grouper en
école les individus épars.
Pariant pour l'orgueil des hommes en général, il n'y avait
aucune raison pour que des artistes n'aient pas été séduits par son appel. Il
donne cette définition arbitraire des artistes, qui pourrait être aussi bien
définition des hommes orgueilleux : "avant tout, les artistes sont des hommes
qui veulent devenir inhumains", c'est-à-dire plus et autres qu'humains.
Selon cette définition, l'artiste qui ne se voit pas comme une
divinité n'est donc pas un véritable artiste.
Il était impossible qu'une telle définition de l'artiste ne
récoltat de nombreuses adhésions : si la première condition requise pour être un
véritable artiste est de se sentir une divinité, il y en a peu qui ne consentent
à une si brillante et si peu couteuse acquisition. La définition a, de plus, cet
avantage qu'elle met en mauvaise posture les artistes qui refusent de se placer
si haut : ils ont contre eux la modestie de la place qu'ils s'assignent
eux-même, la faiblesse de leur petit nombre ( les vrais modestes sont toujours
rares ) et enfin, le mépris dont les abreuvent ces nouvelles et nombreuses
divinités.
Bref, le moyen de persuasion capital d'Apollinaire étant de
cultiver chez les hommes l'admiration de soi-même, il était inévitable que ces
appels tendissent à juger légitime tout ce qui met obstacle aux contraintes et
aux disciplines. Chacune de ses réflexions étant un postulat à la divinité, en
faveur de gens jusque là modestes par force, contient obligatoirement un appel à
la rébellion.
On comprend que ces idées appliquées à l'art de la peinture
aient suscité des oeuvres telles que le Cubisme en a conçu. Les tableaux
cubistes sont le reflet fidèle des suggestions d'Apollinaire : rupture avec le
respect de la nature, rupture avec la peinture ancienne et de tous les temps,
déformation sans borne, non figuratisme, etc.
D'où l'on doit conclure que le Cubisme se définit comme la
peinture d'un être qui se place, lui-même et avant toute chose, sur le plan de
la divinité.