Il découle de ce fait que deux ouvrages de peinture imitant
très fidèlement la nature, mais d'auteurs différents, peuvent offrir néammoins
des différences capitales par cet élément infinitésimal dont nous venons de
parler.
Apollinaire le dit involontairement en se proposant de prouver
tout autre chose ( l'éloquence artistique du trait abstrait ), par l'histoire
qu'il conte d'Apelle et de Protogène, les deux célèbres peintres grecs, qu'on
distinguait rien que par leur façon subtile de tracer un trait : il reconnaît
par là qu'en dessin, en peinture ce sont bien des différences infinitésimales
qui constituent les différences décisives et non, par conséquent, les
différences voyantes des déformations ou des formes jamais vues.
Or, la copie de la nature, par la variété des formes, des
modelés, des couleurs, des éclairages étant l'exercice qui exige en même temps
le plus de subtilité, de force et de profondeur et de maitrise de soi, est
obligatoirement celui qui permet le mieux à un artiste de montrer sa force et
son originalité.
Il s'ensuit que l'imitation de la nature étant le genre de
peinture qui met le mieux en lumière les qualités des différents génies des
artistes, procure une sorte de plaisir que ne procure pas, contrairement à ce
que dit Apollinaire, le spectacle des choses naturelles.
Puis, quelle que grande que soit la nature et quelle que faible
que soit, par rapport à elle, la meilleure copie qu'on en puisse faire, elle
bouge et passe; la copie demeure et fixe l'instant à jamais disparu.
Enfin, l'imitation de la nature est une des formes de la
recherche de la vérité, et la recherche de la vérité n'est pas une chose
négligeable