L'infériorité et l'inutilité de la peinture d'imitation de la nature ne sont
donc pas évidentes.
Apollinaire démontre-t-il la supériorité de la peinture de non-imitation,
c'est-à-dire la supériorité du Cubisme?
Il nous faut écarter les termes vagues de "pureté", "unité", "vérité",
avancés par Apollinaire. Retenons, au contraire, le terme de "construction
impaire", qui semble viser à la précision. Encore qu'il ne nous dise pas à
quelles lois obéit cette construction impaire, la formule a ceci de précis
qu'elle désigne une oeuvre indivisible. Malheureusement, la précision du terme
n'est qu'apparente, car, ne portant pas sur l'essentiel, elle ne définit rien.
En réalité, cette "construction impaire" n'est en définitive que l'unité,
précédemment proposée comme criterium, et non définie en ce qu'on ne sait pas de
quelle unité il s'agit.
L'unité, en effet, n'est pas une vertu en soi, mais seulement dans la mesure
où elle est l'unité d'une belle chose. Par exemple, l'unité dans l'absence de
beauté n'est pas une beauté. Il s'ensuit qu'il ne peut y avoir de plaisir
résultant de la seule construction impaire, et que l'unité ne peut apporter par
elle-même d'élément artistique, et enfin, que si l'unité dans la beauté est
préférable à des fragments de beauté, ces mêmes fragments de beauté sont
supérieurs à l'unité dans l'absence de beauté.
En conséquence de quoi, l'unité n'est rien, la beauté est tout.
- XI -
Si l'on admet que, de toutes façons, quelque opinion qu'on ait sur l'art, et
quel que soit le sens qu'on donne au mot beauté, les recherches de l'art doivent
aboutir à la beauté, il faut admettre aussi que le problème de la beauté
commande tous les autres et, en fin de compte, pour Apollinaire comme pour tout
le monde que c'est la beauté qui fait les chefs-d'oeuvre et non autre chose.
Or si nous cherchons dans "Les peintres Cubistes" d'Apollinaire, l'endroit où
il identifie la beauté, nous ne le trouvons pas parce qu'il n'y est pas.