Par contre, nous trouvons un passage où, fidèle à sa méthode
négative, Apollinaire s'efforce de détruire la notion de la beauté
traditionnelle en définissant celle-ci comme un monstre périssable : "ce monstre
de la beauté n'est pas éternel", écrit-il.
Nier la beauté ancienne ne résout pas pour autant le problème
de la nouvelle. En condamnant ce que les hommes ont nommé beauté, Apollinaire ne
condamne que ce que les hommes ont pensé jusqu'ici de la beauté et non le
principe de la beauté, c'est-à-dire l'expression supérieure des choses, et s'il
condamnait la beauté jusque dans ses possibilité de devenir, il lui faudrait
condamner le Cubisme lui-même.
La beauté n'étant rejetée par Apollinaire que dans sa forme
ancienne et non dans sa nouvelle, celle-ci devra montrer sur quoi elle s'appuie,
comme celle-là le montrait.
L'ancienne forme de beauté offerte par la nature et jugé par
Apollinaire un "monstre" qui "n'est pas éternel", se recommande pourtant d'un de
nos instincts primordiaux, à savoir : l'instinct visuel, père des arts
plastiques, émanant de l'oeil, forme naturelle, terrestre et périssable. Par
contre, la beauté nouvelle souhaitée (quoique non définie par Apollinaire)
réalisable par le Cubisme, contredit l'instinct visuel, lequel en s'insurgeant
contre les formes naturelles s'oppose à l'instinct visuel.
Il s'ensuit qu'Apollinaire qui condamne une forme de beauté
définie s'appuyant sur un instinct plastique primordial, préconise une beauté
nouvelle qu'il ne définit pas et qui s'oppose à un instinct plastique
primordial.