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XII -
Le mouvement s'insurgeant contre les membres, le goût
s'insurgeant contre le palais, la voix s'insurgeant contre le larynx, la pensée
s'insurgeant contre le cerveau, donnent une image du Cubisme qui emploie l'oeil
à des travaux contredisant le système visuel.
Le Cubisme, qui reniant la beauté des choses naturelles tout en
exécutant des travaux conçus par l'oeil et appréciables par l'oeil, tombe dans
une contradiction qui porte la condamnation de ses propres travaux.
Nécessairement, le Cubisme, ne procédant pas de l'instinct
visuel ne se trouve installé dans le domaine plastique que par un paradoxe.
Il reste donc à trouver l'instinct dont le Cubisme procède
essentiellement.
Au début de cette étude, nous avons noté que les moyens majeurs
de persuader d'Apollinaire étaient de flatter le sentiment d'admiration des
hommes pour eux-même.
L'admiration de soi-même compte parmi les instincts. Comme tous
les instincts, il contient un fond de vérité : relativement à sa petitesse et à
sa faiblesse, il paraît évident que l'homme fait des choses admirables et
singulières, que lui seul peut faire.
Comme tous les instincts encore, l'admiration de l'homme pour
lui-même est sujette à se dévoyer. De l'amour-propre légitime, c'est-à-dire de
la conscience de la grandeur de l'homme et du désir d'en être digne, on peut
glisser à la conviction que rien, dans l'univers, n'est au-dessus de l'homme,
que, de plus, parmi les hommes on appartient à la catégorie la plus relevée.
C'est manifestement la position d'Apollinaire qui écrit : "poètes, nous avons
des droits sur les paroles qui forment et défont l'univers." Chez lui,
l'amour-propre tourne à cette sorte d'orgueil virulent qui provoque normalement
l'altération ou le déséquilibre d'un certain nombre de facultés.