Refutation du Cubisme XIII, XIV, XV, XVI  
 
Accueil
 
Contact
 
Biographie de Léon Gard
 
Galerie 1 (reproductions en couleur)
 
Galerie 2 (repros en noir et blanc)
 
L.G. face à la peinture non-figurative
 
Réfutation du Cubisme
 
Des Règles de l'harmonie des couleurs et des volum
 
Trois Critères de dessin
 
Cézanne et les Cubistes
 
Que vaut la peinture de Picasso
 
Leon Gard et les critiques d'art
 
Art,spéculation et publicité
 
Leon Gard et Sacha Guitry
 
Ces "Maîtres" ne savent ni peindre ni dessiner

                                                     XIII

   Si l’on admet qu’un orgueil virulent provoque normalement l’altération ou le déséquilibre de certaines facultés, il est permis de penser qu’Apollinaire ne jugeait pas intégralement de toutes choses, de nombreuses pensées de lui indiquant l’empire de cet orgueil virulent sur son esprit.

   Avec l’amour-propre, d’autres instincts pouvaient encore se trouver perturbés chez lui.

   L’instinct visuel, père des arts plastiques, était-il intact chez Apollinaire?

   Nous avons dû conclure qu’il y a antinomie entre le Cubisme et l’instinct visuel parce que celui-ci, émanant de l’œil, forme naturelle, ne peut agréer une vision conventionnelle qui pose pour principe de renier les formes naturelles.

   Si l’instinct visuel chez Apollinaire avait eu quelque force il se serait donc opposé au Cubisme : puisqu’il n’a gêné en rien son éclosion ni son développement, il était évidemment faible.

   Parmi les facultés que l’orgueil virulent a déséquilibrées ou altérées chez Apollinaire il faut vraisemblablement compter l’instinct visuel.

   La même sorte d’orgueil virulent recherché et cultivé par Apollinaire en ceux qu’il jugeait appelés à devenir des adeptes du Cubisme, devait logiquement être accompagnée de la même faiblesse de l’instinct visuel chez ceux qui ont répondu à son appel.

   Il s’ensuit que, d’une façon générale, les Cubistes doivent se caractériser par une faiblesse de l’instinct visuel qui les empêche d’être choqués par les absurdités qu’ils introduisent dans les formes naturelles, ou même par la suppression de celle-ci, de même qu’une faiblesse de pensée empêche d’être choqué par l’absurdité d’un raisonnement.

                                                         XIV

   Si, d’accord avec le fait que les psychologues ont toujours observé, nous reconnaissons que l’orgueil poussé à l’extrême provoque normalement l’altération ou le déséquilibre d’un certain nombre de facultés, l’on conçoit que le jugement en différentes matières en puisse être altéré ou déséquilibré, et qu’on voit mal ou point des choses qui sont, ou qu’on croit voir des choses qui ne sont pas.

   Le postulat à la divinité, c’est-à-dire l’orgueil illimité, étant la caractéristique des Cubistes, on comprend qu’ils aient un jugement propre à mal voir, ou à ne pas voir ce qui est, enfin, à croire voir ce qui n’est pas.

                                                            XV

   Nous savions que les Cubistes n’ont de rôle plastique que paradoxalement, parce que leur conception contredit l’instinct visuel, lequel est le père de l’art plastique.

   Nous avons donc voulu chercher par quel autre instinct que l’instinct visuel les Cubistes étaient dirigés, et en conséquence quel rôle réel ils ont joué.

   Nous avons trouvé chez eux l’omnipotence de l’instinct de l’admiration de soi-même. Or, l’esprit humain étant fait de la coexistence de plusieurs instincts il importe de savoir de quelle façon l’omnipotence de l’un peut s’accommoder de la compagnie des autres.

   Pour se faire une idée du juste équilibre des instincts on doit s’assurer si les instincts sont égaux entre eux, ou s’il y a une hiérarchie des instincts.

                                                        XVI

  Tous les sentiments humains sans exception ayant leur source dans l’instinct, il n’est aucun problème qu’on puisse envisager sans considérer d’abord les instincts : ce besoin de considérer d’abord les instincts est un instinct lui-même qui est le besoin de la vérité.

   Puisqu’il est universellement reconnu qu’il existe des penchants nobles et de bas penchants. Il s’ensuit qu’on reconnaît universellement l’existence d’une hiérarchie des instincts.

   On observe, en effet, différents instincts. On distingue les instincts commandeurs, dans la privation absolue desquels les autres, qu’on peut appeler instincts subordonnés, ne sont pas viables.

   Il faut placer, par exemple, parmi les instincts commandeurs de l’ordre physique : la vue, l’équilibre, et les instincts commandeurs de l’ordre moral : la sagesse, le bon sens. Un manque d’instinct visuel, en effet, nous dissimule partiellement ou complètement l’aspect physique des choses, un manque d’équilibre nous fait tomber, et, dans l’ordre moral, un manque de bon sens nous pousse dans une fausse conviction.

   Les instincts commandeurs ne faillissent jamais par exagération puisque leur qualité propre est de nous éviter de glisser au-delà ou en-deçà du vrai. On n’est jamais trop clair, on n’est jamais trop équilibré, on n’a jamais trop de bon sens.

   Par contre, les instincts subordonnés se reconnaissent en ce qu’ils sont sujets aux exagérations, soit dans le plus soit dans le moins : on peut être trop vif ou trop mou, froid ou emporté, indifférent ou trop passionné, timide ou téméraire, veule ou opiniâtre, avare ou prodigue.

   Selon ces données, il semble qu’il faille placer parmi les instincts subordonnés l’instinct de l’admiration de soi-même qui, lorsqu’elle se déséquilibre, perd la lucidité du jugement par nonchalance, et lorsqu’elle s’enfle perd la lucidité du jugement par excès d’assurance.

   Y a-t-il inflation de l’admiration de soi-même lorsque apollinaire écrit : « nous avons des droits aux paroles qui forment et défont l’univers »? Poussent-ils les artistes à l’inflation de l’admiration de soi-même lorsqu’il leur dit : « le peintre doit avant tout se donner le spectacle de sa propre divinité »

   Si oui, les œuvres de gens qui adoptent ces principes doivent fatalement souffrir d’un manque de lucidité

   Si oui, le rôle des cubistes fut pratiquement d’apporter dans la conception de l’art de la peinture, et de l’art en général, un manque de lucidité proportionné à l’inflation de leur admiration pour eux-mêmes.

   Si oui, le Cubisme est une idée fausse.

   Si le Cubisme est une idée fausse, sa réussite matérielle assez considérable et assez longue oblige de conclure qu’il est une idée fausse soutenue avec habileté.

 précédente                                                                                 suivante                   

© 2005

Cinquante ans de combat contre l'art non-figuratif

A la découverte du peintre Léon Gard (1901-1979) et de ses écrits, où il défend sa conception de l'art inséparable de l'imitation de la nature.