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NOTES COMPLEMENTAIRES
III
Apollinaire affirme encore que
les derniers tableaux de Cézanne et ses aquarelles s’apparentent au Cubisme.
Pourtant, Cézanne n’a jamais parlé de cubes ni de faire du Cubisme. Le mot
n’existait pas quand il est mort en 1906, et la chose existait à peine sous
forme d’intention encore vague. Apollinaire ne devrait pas affirmer que, dans
ses dernières œuvres. Cézanne montre des tendances annonçant le
Cubisme.
C’est une opinion : sur quoi
est-elle fondée ?
On ne peut mieux le vérifier
qu’en comparant les buts de Cézanne avec des Cubistes.
Voici quelques opinions de
Cézanne sur la peinture, choisies parmi celles qu’il a exprimées à la fin de sa
vie, c’est-à-dire à l’époque où Apollinaire croit discerner dans ses tableaux
les symptômes de Cubisme :
« Il faut de l’imitation,
et même un peu de trompe l’œil, cela ne nuit pas si l’Art y
est. »
« Il nous faut redevenir
des classiques par la nature. »
« Copier la nature me
suffit. Ceux qui ont cru imaginer ce sont abuser eux-même ».
« la vérité est dans la
nature, je le prouverai. »
« L’artiste doit redouter
l’esprit littérateur, qui fait souvent le peintre s’écarter de sa vraie voie. -
l’étude concrète de la nature - pour se perdre trop longtemps dans des
spéculations intangibles. » (1904)
« Le peintre doit se
consacrer entièrement à l’étude de la nature… » (1904).
« On n’est ni trop
scrupuleux, ni trop sincère, ni trop soumis à la nature… »
(1904)
« C’est un intellectuel
congestionné par les souvenirs de Musées, mais qui ne voit pas assez la
nature… » (1905 sur Emile Bernard ).
« j’étudie toujours sur
nature, et il me semble que je fais de lents progrès. » (1906, année de la
mort de Cézanne. Lettre à Emile Bernard ).
Ces réflexions de Cézanne,
toutes semblablement imprégnées jusqu’au dernier jour du grand souci de l’humble
et fervente étude sur nature ne sont évidemment pas compatibles avec les buts du
Cubisme tels que les exprime Apollinaire dans cette pensée : « Trop
d’artistes peintres adorent encore les plantes, les pierres, l’onde et les
hommes », ni avec cette autre du même Apollinaire : « En deçà de
l’éternité dansent les mortelles formes de l’amour et le nom de nature résume
leur maudite discipline. » Et enfin, cette réflexion de Gleizes, peintre
cubiste notoire, est également à l’opposé de ce que cherchait Cézanne :
« la notion d’art imitatif gêne le mode d’expression plastique
absolue. »
Les cubistes répondront que
Cézanne était cubiste sans s’en douter, que, comme Monsieur Jourdain, qui
faisait de la prose sans le savoir, il faisait du Cubisme sans le savoir en
croyant imiter la nature.
S’il était vrai que Cézanne
fit une autre peinture que celle qu’il pensait faire, il s’ensuivrait que celui
qui croit faire du Cubisme peut aussi faire en réalité tout autre chose que du
Cubisme, et que, par conséquent, ce qu’on croit faire n’étant pas
obligatoirement ce qu’on fait, il est inutile de vouloir être ceci et cela,
donc, inutile d’être Cubiste.
L’affirmation d’Apollinaire selon laquelle
Cézanne aurait peint, à la fin de sa vie, des tableaux ressortissants au Cubisme
n’est qu’une affirmation, et ne rend donc pas le fait évident. Et quand Cézanne
disait imiter la nature, il est plus sensé de penser qu’il l’imitait en effet
que de croire les Cubistes quand ils prétendent qu’il faisait du Cubisme en
croyant imiter la nature.
Mais pourquoi les Cubistes tiennent-ils
tant à ce que Cézanne soit un précurseur du Cubisme ? A la vérité, les Cubistes
ne sont pas les seuls à avoir revendiqué Cézanne. Tous les différents groupes de
l’école de peinture moderne l’ont revendiqué, bien que leurs œuvres ne
s’apparentent pas plus à Cézanne que le Cubisme.
Probablement, le prestige de Cézanne
était-il devenu trop grand pour qu’on puisse songer à une tentative quelconque
dans la peinture sans le prendre pour drapeau. De là, la nécessité de
l’embrigader « bon gré, mal gré », comme le dit lui-même Apollinaire (
I )
En dépit de l’opinion fort explicitement
exprimée de l’artiste.
En réalité, étant donné le sens non
équivoque des réflexions de Cézanne sur l’Art, Cézanne devrait être
raisonnablement proposé comme l’inspirateur d’une opposition au Cubisme, et non
comme précurseur du Cubisme.
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( I ) « il est d’autres artistes
vivants qui dans les écoles contemporaines ou parmi des personnalités
indépendantes se rattachent, bon gré, mal gré, à l’école
Cubiste. »
( G. Apollinaire : « Les peintres
Cubistes ».)
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